quinta-feira, 24 de março de 2016

Médias et terrorisme : des noces barbares

J.-M. Nobre-Correia
Voici sept ans, en avril 2009, la bruxelloise Politique revue de débats publiait ce texte dont je suis l'auteur et crois qu’il garde encore toute sa pertinence.

Tout dans l’évolution du monde du journalisme est de nature à favoriser l’attrait pour l’actualité qui concerne la violence, l’insécurité et l’intégrité physique des gens. Au risque de renforcer une logique où l’information cède le pas à la propagande et aux manœuvres de déstabilisation…

Longtemps, trois types de publications ont coexisté : celles qui faisaient le compte rendu d’événements importants, celles qui traitaient de faits divers, du mystère et du merveilleux, et celles enfin axées sur l’expression d’opinions et le combat idéologique. Puis, plus tard, et surtout à partir du XIXe siècle, quand la presse s’est industrialisée et qu’il a fallu aller à la conquête d’un public plus large, les trois démarches ont cohabité au sein des journaux « grand public ». Avant que l’opinion et le combat idéologique en soient écartés, afin de ne pas heurter des susceptibilités, et que l’on mette plus l’accent sur les sujets suscitant l’émotion, de façon à toucher les milieux populaires.
Dans une telle conception de l’information, la primauté va être accordée à ce qui se caractérise d’abord par l’« a-normalité », par le côté « extra-ordinaire », autrement dit à ce qui constitue une transgression à l’égard de la quotidienneté, une rupture par rapport au cours des choses, au détriment donc du compte rendu serein des faits signifiants qui sont advenus [1]. Une démarche de plus en plus exacerbée par la concurrence entre journaux et qui s’étendra plus tard aux autres médias.
Cette façon de concevoir la « couverture » de l’actualité n’échappera pas aux milieux dirigeants (surtout politiques) qui chercheront à l’exploiter en proposant aux médias leur pitance d’actualité originale, plus ou moins fracassante et émoustillante. Ce faisant, ces milieux dirigeants se mettront en valeur auprès de la population et chercheront à renforcer des stratégies de consolidation de leur pouvoir ou d’affaiblissement de celui de leurs rivaux.
Les exclus entrent en scène
À force de se servir ainsi des médias, les milieux dirigeants ont donné des idées à des groupes minoritaires ou exclus de nos sociétés, voire à des individus qui s’estiment marginalisés, négligés ou victimes d’injustices. À cette grande différence près : il faudra que leurs initiatives prennent un caractère singulièrement original, inhabituel, de préférence violent, choquant, dramatique [2]. Car c’est pratiquement le seul moyen pour que les médias leur prêtent une oreille attentive…
Les exemples d’événements créés à l’intention des médias sont légion : de la conférence de presse à la manifestation publique, en passant par la déclaration plus ou moins retentissante. Disposant de plus de moyens financiers et humains, les milieux dirigeants sont particulièrement performants sur ce terrain : des agences de « communication événementielle » déclenchent pour leur compte des opérations dont la capacité de mobilisation des médias dépasse largement celle des initiatives non professionnalisées de simples individus ou de petits groupes. Il faudra donc que ces derniers passent à un stade supérieur de « spectacularisation », en prenant des initiatives qui supposent une certaine dose de violence [3], la dimension « spectaculaire » ayant pris toute son importance quand la télévision est devenu le média d’information dominant.
Le plus souvent la violence a la menace pour corollaire. Menace envers soi-même : si l’on ne satisfait mes revendications, je poursuivrai ma grève de la faim, je me jetterai du haut de cette grue, je me tirerai une balle, je m’immolerai par le feu… Ou, dans un registre toujours « soft », relevant le plus souvent du « bluff », on prendra d’autres individus en otage, en les privant momentanément de liberté : si on ne répond pas de manière positive à mes demandes, je ne rendrai pas la liberté à ceux que j’ai kidnappés, j’éliminerai ceux que je détiens… De telles démarches ont le plus souvent pour origine une revendication personnelle (suite à un licenciement, à un divorce difficile,…), parfois aussi des revendications sociales, non explicitement politiques (suite à des licenciements massifs, à la fermeture d’une entreprise, à une contestation étudiante,…).
Mais le souci d’attirer l’attention des médias peut également relever d’une démarche plus explicitement politique. Une particularité semble néanmoins constante : ce sont précisément des groupes dont l’enracinement populaire fait défaut et dont les initiatives à caractère légal passent plutôt inaperçues qui ont recours à de tels procédés [4]. Leurs gestes de violence obéissent d’habitude à trois types de démarches : répandre largement leurs principes doctrinaux et leurs analyses d’une situation ; exiger une prise de position ou décision de la part des autorités ; déstabiliser et discréditer une institution ou appareil d’État. Ce qui suppose la mise en place d’un véritable « plan médias » d’accompagnement : annonce de la prise d’otage aux médias, envoi de communiqué avec les revendications des auteurs, communication de photos, d’enregistrement vidéo et plus rarement d’enregistrement de son pour confirmer la détention de l’otage et la gravité de la situation de ce dernier.
Un éventail de registres
Plusieurs exemples, plus ou moins célèbres, ont mis en évidence un crescendo dans la démarche à l’égard des médias. Ainsi, le 20 février 1981, l’ETA a enlevé les consuls d’Autriche, du Salvador et d’Uruguay pour faire bra­quer les pro­jec­teurs de l’actualité sur le Pays basque espagnol. Mais l’organisation nationa­liste a été prise à son propre piège : un nouvel événe­ment (la tenta­tive de coup d'État du 23 février à Madrid) détournera les attentions des médias et l’ETA n’a pu que re­lâ­cher ses otages.
Mais dans cette même perspective de pure d’utilisation des médias comme véhicules d’un message, les « otages idéaux » sont les journalistes, l’esprit de clan faisant attribuer à l’enlèvement d’un confrère une attention tout spéciale, voire quotidienne, avec, au besoin, l’énumération du nombre de jours de sa détention. Le cas récent de Florence Aubenas [5], et celui un peu plus ancien de Christian Chesnot [6] et Georges Malbrunot [7] ont à cet égard été particulièrement parlants.
L’assassinant de Lord Mountbatten (oncle du mari de la reine d’Angleterre et dernier vice-roi de l’Inde), le 27 août 1979, relevait d’une stratégie semblable, bien que plus tragique [8] : des respon­sables de l’IRA ont clairement déclaré alors que le choix d’une person­na­lité connue dans le monde entier avait eu pour seul but d’attirer une fois de plus l’attention des médias internatio­naux sur la situation en Irlande du Nord [9].
Dans les cas précédents, le « plan médias » a chaque fois été mis en application après le déclenchement de l’opération violente. Mais il peut, au contraire, la précéder : le 25 novembre 1999, à 10h40, au téléphone, une voix annonce au rédacteur en chef de France 3 Corse : « nous avons placé des bombes [dans quatre bâtiments publics]. Elles exploseront dans 25 minutes ». À 11h23, la déflagration a lieu dans un de ces bâtiments. Une équipe de France 3 filme la scène. « À 11h40, les deux journalistes foncent à leur station, les images en boîte. […] À 12h26, les images [d'un des bâtiments] en feu atterrissent à la rédaction de France 3 national, qui les diffuse aussitôt dans son journal, de 12-13. À 12h30, le scoop de France 3 Corse arrive dans toutes les rédactions des chaînes françaises […]. LCI passe et repasse l'explosion. TF 1 et France 2 en font de même dans leur JT de 13 h. ». Avant que les rédactions ne prennent conscience d’avoir été utilisées et ne décident de ne plus diffuser les images [10].
L’enlèvement d’Aldo Moro relève, lui, d’une démarche poussée beaucoup plus loin. Pris en otage le 16 mars 1978, le corps sans vie de l’ancien Premier ministre italien et président du principal parti politique du pays a été retrouvé le 9 mai [11]. Huit semaines de captivité pendant lesquelles les Brigades rouges ont adressé une série de communiqués aux médias, déclenchant la publication d’éditions spéciales et une violente altercation entre rédactions sur l’attitude à adopter face à de tels communiqués : les publier ou ne pas les publier ? Car, cette fois-ci, les médias ont été utilisés comme arme, comme agent de déstabilisation de la société italienne, de sa police et de ses partis politiques, comme ins­trument de dé­sagrégation de l’appareil d'État, en cherchant à le contraindre à céder aux exi­gences des Brigades rouges. Et, dans tous les cas, aux yeux de celles-ci, le refus des médias de publier leurs com­muniqués prouvait la nature censoriale d’un État faussement démocratique et libéral [12].
Concurrence et frénésie
Une constatation saute aux yeux : le plus souvent, de telles opérations n’ont été conçues qu’en fonction de la couverture que les médias leur accorderaient. Parfois même, elles n’auraient tout simplement pas été déclenchées si les médias n’avaient pas accouru à l’invitation des organisateurs qui leur avaient fait miroiter une « exclusivité ». Or, face à une telle perspective, peu de journalistes osent rejeter les invitations et se tenir à distance de telles pratiques. Car, depuis le XIXe siècle, l’histoire de l’information journalistique est marquée du sceau de la concurrence face aux « confrères ». Une concurrence qui s’est particulièrement accentuée avec la démonopolisation du secteur audiovisuel, dans les années 1970-80, et la pratique chaque fois plus importante de l’information en temps réel, qui a pris une ampleur inconnue auparavant avec l’arrivée d’internet dans le champ médiatique, dans les années 1990-2000.
Le but de ce sens effréné de la concurrence est évident : vendre un maximum d’exemplaires du journal, élargir le plus possible l’audience de la radio ou de la télévision. Or, tout ce qui est de nature à affecter notre sécurité, celle des nôtres, de ceux qui nous sont proches ou qui font partie du milieu auquel nous appartenons, constitue un des tout premiers centres d’intérêt des gens en matière d’information. Et ce qui relève de la violence publique et plus généralement du terrorisme, avec son cortège de menaces et de brutalités, constitue une actualité majeure aux yeux des médias.
Outre l’omniprésence du sens de la concurrence, une autre caractéristique domine l’histoire des médias : un obsédant sens de l’indispensable et inévitable course contre la montre chez ceux qui pratiquent le journalisme quotidien et doivent impérativement respecter des délais de « bouclage » fort stricts. Parce que les rotatives et les horaires des journaux parlés ou télévisés ne peuvent pas attendre, au risque de voir lecteurs, auditeurs ou spectateurs se tourner vers les concurrents. Ce qui provoque un stress qui grandit à l’approche du couperet horaire et impose des courses frénétiques au sein des rédactions, avec les indispensables décharges d’adrénaline qu’elles impliquent…
Ces courses frénétiques font pourtant les délices de la plupart des journalistes du quotidien, le journalisme de périodique, de « magazine », relevant à leurs yeux d’une démarche plutôt « littéraire » et « intellectualisante », même si les contraintes horaires y sont aussi présentes ! Quitte à ce que de telles cavalcades interdisent bien souvent de prendre le souhaitable recul par rapport à l’actualité et d’exercer le non moins souhaitable sens critique face aux événements.
L’instant et la mémoire
Face aux critiques de plus en plus acerbes dont ils font l’objet, les journalistes cherchent à se dédouaner en parlant de leur devoir d’informer et du droit du public à l’information. Encore faudrait-il s’entendre sur ce que veut dire information et en quoi consiste le métier de journaliste.
Certes, on ne peut pas contester le fait que les actes d’initiative personnelle ou groupusculaire qui mettent en risque la sécurité et l’intégrité physique des personnes relèvent clairement du champ d’action du journalisme, du devoir d’informer et du droit à l’information. La question qui se pose néanmoins est celle de savoir combien de ces actes sont réellement de nature à avoir des répercussions sur la vie quotidienne des citoyens ? Et celle, somme toute essentielle, de savoir si bien de ces actes ne doivent leur existence même au seul écho, à la seule surexposition que ses auteurs escomptent trouver auprès des médias ?
Beaucoup de journalistes se posent ces questions et ont conscience que ces noces barbares que les partisans de la violence comme méthode de revendication ou d’action politique sont parvenus à sceller avec les médias ne peuvent qu’être néfastes pour l’avenir des sociétés démocratiques. Et que l’importance accordée aux « stratégies de communication » des apologistes de la terreur relève, tout compte fait, d’une cécité coupable des médias. Mais le journalisme est bien trop souvent un métier de l’immédiat, de l’instant, un métier dépourvu de mémoire. Et entre une éthique de la retenue et la course aux exclusivités les plus fracassantes et vendables, les médias oublient bien trop souvent leurs beaux principes et leurs bonnes intentions…



[1] A. du Roy, Le Serment de Théophraste, Paris, Flammarion, 1992, pp. 193-194.
[2] F.-H. de Virieu, La Médiacratie, Paris, Flammarion, 1990, p. 280 ; A. du Roy, La Mort de l’information, Paris, Stock, 2007, p. 207.
[3] G. Bechelloni, « Terrorismo, giovani, mass media », in Problemi dell’informazione, Bologne, vol. 2, n° 3, 1977, p. 307 ; J. Ferniot, Ça suffit !, Paris, Grasset, 1973, p. 38 ; R. Lasserre et D. Muzet, « La Violence, moyen d’information », in Communications, Sankt Augustin, vol. 2, n° 2, 1976, p. 253.
[4] Gilles Kepel in Le Monde, Paris, 11 septembre 2004, p. IV (Dossier).
[5] À l’époque journaliste à Libération.
[6] À l’époque pigiste à Radio France et à RFI.
[7] À l’époque journaliste indépendant pour Le Figaro, Ouest-France, RTL radio et la RTBF.
[8] Louis Mountbatten et trois de ses proches ont été tués, sur les côtes d’Irlande, dans l’explosion de son bateau, piégé par l’IRA.
[9] Le Matin de Paris, Paris, 31 août 1979, p. 8.
[10] Libération, Paris, 26 novembre 1999, p. 2.
[11] M. Wieviorka et D. Volton, Terrorisme à la une, Paris, Seuil, 1987, pp. 27-32.
[12] U. Eco, « Una colossale conferenza stampa », in Prima Comunicazione, Milan, n° 55, 1978, pp. 41-46 ; G. Bechelloni, « Il Colpe di Stato in diretta », in Problemi della’informazione, Bologne, vol. 3, n° 1, 1978, pp. 3-19.



Texte publié dans Politique revue de débats, Bruxelles, n° 59, avril 2009, pp. 33-35.

segunda-feira, 21 de março de 2016

Estas interpelantes apatias

J.-M. Nobre-Correia
Média : A imprensa em Portugal tem uma história dolorosa que explica o seu fraco desenvolvimento. Mas há também vários corresponsáveis da situação atual estranhamente instalados numa inquietante indiferença…

É fácil identificar algumas das causas do fraco desenvolvimento da imprensa em Portugal [1]. Começando pelas razões históricas, a primeira das quais é a pertença do país à Europa católica. Porque, um século depois da “descoberta” da prensa tipográfica (em 1440-50), a Reforma protestante e a Contra-Reforma católica adotam posições opostas no que diz respeito à leitura. No mundo protestante, o “povo de Deus” tem por obrigação ler a Bíblia e os textos sagrados : a alfabetização é fomentada e os indivíduos passam naturalmente à leitura de outros textos. No mundo católico, pelo contrário, o clérigo é o intermediário entre Deus e o “povo de Deus” : só ele tem necessidade de saber ler para aceder aos textos religiosos que são explicados ao “povo de Deus”. A imprensa vai pois desenvolver-se antes do mais na Europa protestante. Até porque, se em fins do século XVII encontramos na Alemanha populações já globalmente alfabetizadas, na Europa do sul, católica, um analfabetismo importante perdurará três séculos depois : no caso português a taxa de analfabetismo é de 25,7 % em 1970 e ainda de 5,2 % segundo o censo de 2011.
Como se esta “deficiência original” não bastasse, a imprensa em Portugal conheceu longos períodos de censura severa que a descredibilizaram e que em nada ajudaram ao aparecimento de um jornalismo de qualidade em termos de rigor dos factos, agudeza da interpretação e excelência da análise da atualidade. E se o 25 de Abril de 1974 lhe permitiu (re)descobrir a liberdade de informar, o radicalismo das opções político-económicas e socioculturais em que Portugal viveu então deixaram claramente marcas tenazes pouco gloriosas na prática jornalística atual. Só que, aquando da (re)descoberta desta liberdade pela imprensa, a televisão invadia os lares e impunha-se progressivamente como média de informação dominante. Pelo que a imprensa entrou numa fase de acentuada erosão : hoje em Portugal publicam-se bastante menos diários impressos do que no tempo do salazarismo e vendem-se provavelmente muito menos exemplares de jornais diários do que antes do 25 de Abril [2].
Há porém duas fraquezas no atual panorama da imprensa diária portuguesa dificilmente compreensíveis. A primeira é a que diz respeito à manifesta inércia dos editores, incapazes de tirarem proveito da revolução tecnológica em curso de há dois decénios a esta parte. Não adotando rapidamente as iniciativas indispensáveis a uma mais acelerada passagem do papel impresso para a informação em linha. Não criando edições regionais em linha dos seus jornais, de modo a sair de uma informação “guetizada” e largamente centrada sobre a “grande Lisboa”. Não concebendo os seus jornais numa perspetiva global, dirigindo-os aos leitores em língua portuguesa onde quer que eles vivam no mundo, propondo-lhes nomeadamente uma perspetiva europeia da atualidade. Quando, sem um alargamento considerável das audiências atuais, não poderão haver receitas de vendas e de inserções publicitárias suficientemente importantes para cobrir os custos de produção.
Mas há outra incógnita ainda maior : a da quase total letargia do meio profissional jornalístico. Como é possível que num meio onde passaram a predominar os licenciados e mestres em “jornalismo” ou em “comunicação” de escolas superiores (seja qual for a apreciação que se possa fazer sobre o ensino que nelas é dispensado…) mas também os desempregados, não surjam iniciativas em matéria de diários digitais em linha ? Como explicar que tenham sido tomadas imensas iniciativas deste género em Espanha e em França, para falar apenas nos países mais próximos, e que Portugal continue a caracterizar-se por uma situação muito próxima do deserto ? Será necessário lembrar a estes jornalistas afastados da atividade profissional que os custos de lançamento e de manutenção de tais iniciativas são sem comparação com os de um diário impresso ?
É verdade que o Estado português não tem assumido as suas responsabilidades em matéria de favorecimento do pluralismo da informação. E que os meios políticos, económicos, sociais e culturais parecem secretamente sonhar com uma sociedade democrática de fachada onde todo e qualquer controle seja reduzido a pura expressão formal. Quando, como a História mostra suficientemente, a dinâmica de uma sociedade está diretamente ligada à da sua informação pluralista. O que supõe, é verdade, jornalistas conscientes da função social que é a sua e decididos a assumi-la, tomando o seu destino em mãos…
Professor emérito de Informação e Comunicação da Université Libre de Bruxelles



[1] Ver a este propósito J.-M. Nobre-Correia, « Uma urgência demasiado esquecida », in Público, Lisboa, 2 de março de 2016, p. 43.
[2] Uma das enormes carências da historiografia portuguesa é a da total ausência de dados factuais fiáveis sobre as vendas dos diários e semanários nos tempos do salazarismo.


Original do texto publicado no diário Público, Lisboa, 21 de março de 2016, p. 45.

quarta-feira, 16 de março de 2016

Entrever um futuro mais risonho…

J.-M. Nobre-Correia *
Num livro publicado em fevereiro do ano passado em França e acabado de ser editado em Portugal, Julia Cagé faz uma análise da crise dos média de informação e avança propostas para procurar ultrapassá-la…

Comecemos por uma interrogação que espíritos apressados não deixarão de acusar de sexismo : se Julia Cagé não fosse a jovem esposa de Thomas Piketty, o seu Salvar os média teria sido editado em tantas línguas estrangeiras ? É que, pelo menos no que diz respeito às mais próximas (francesa, a original, portuguesa, castelhana, italiana, inglesa), o livro de Cagé e O Capital no século XXI de Piketty, que obteve um enorme e justificado sucesso, são publicados pelos mesmo editores. Pura coincidência ? E será também pura coincidência se Piketty escreve o prefácio (sem dizer, é claro, que a autora é sua esposa) e isto figura na capa do livro ?…
É que, para quem acompanha mediamente o universo dos média e sobretudo da imprensa, o livro de Cagé não traz grandes elementos de informação novos. Pondo para mais essencialmente o acento na situação das imprensas francesa e estado-unidense, esquecendo por demais as situações particulares bastante diferentes de uma e de outra. E esquecendo quase totalmente as imprensas europeias ou pelo menos as dos países histórica, económica e sociologicamente mais próximos da francesa.
Não quer dizer isto que o livro de Cagé seja desprovido de interesse, embora a exposição dos argumentos não seja um modelo de síntese, de linearidade e de limpidez. No fim de contas, o que Cagé nos diz é que a economia da imprensa mudou substancialmente. Não apenas como consequência da crise financeira ou mesmo do aparecimento da internet : a erosão dos investimentos publicitários na imprensa data já da chegada da publicidade aos ecrãs de televisão. E ela acentuou-se, é claro, com o aparecimento da internet, a gigantesca proliferação dos emissores de informação que esta permite e o acesso gratuito à informação que ela autoriza.
Só que, como faz notar judiciosamente Cagé, a deslocação dos leitores das edições em papel para as edições digitais não foi acompanhada de uma deslocação idêntica em valor da publicidade. Com uma agravante : os jornais em papel perdem publicidade e, por consequência, receitas, enquanto que os jornais digitais continuam larguissimamente a não conseguir obter receitas publicitárias ou de assinaturas suficientes. O que significa, num caso como no outro, meios financeiros limitados e, consequentemente, redução das equipas de redação indispensáveis para cobrir seriamente a atualidade. Situação que, tudo leva a crer, será irreversível no caso dos jornais em papel e suficientemente durável no que se refere aos jornais em linha.
É aqui que Cagé, sem ser revolucionária, faz propostas com aspetos inovadores. Nomeadamente quando propõe que os jornais (em papel ou em linha) sejam incluídos no sector do conhecimento, onde se encontram “a cultura, o ensino superior e a investigação” (p. 29). E proponha paralelamente “um novo modelo económico e jurídico para os média do século XXI, um estatuto inovador de ‘sociedade de média’, no cruzamento da sociedade por ações e da fundação” (p. 111). Proposta a que é aliás consagrado o terceiro e último capítulo do livro onde Cagé avança “um estatuto de ‘sociedade de média com fins não-lucrativos’, a meio caminho entre a fundação e a sociedade por ações” (p. 121). Sociedade de média alimentadas por financiamentos participativos “cuja alocação será irrevogável” (p. 121), onde os direitos de votos seriam devidamente ponderados entre os diversos acionistas, de modo a garantir a perenidade e a independência do média.
No contexto atual de crise generalizada dos média de informação (e não apenas da imprensa), o livro de Cagé tem no mínimo a grande virtude de fazer um balanço de situações irreversíveis, de avançar propostas “que permitam entrever um futuro mais rosado para os média” [i] e de sugerir que se abra o debate sobre uma temática “basilar do nosso ideal democrático” (p. 152). Temática que nestas últimas semanas tem tomado uma particular e preocupante acuidade na sociedade portuguesa, mas que os grandes altos responsáveis sociais e políticos parece preferirem continuar a ignorar…

Julia Cagé
SALVAR OS MÉDIA
Temas e Debate, 166 pp, 15,50 euros

* Professor emérito de Informação e Comunicação da Université Libre de Bruxelles



[i] Ver outras propostas em torno desta temática : J.-M. Nobre-Correia, « Incrementar a informação regional », in JJ, Jornalismo e Jornalistas, Lisboa, n° 37, janeiro-março 2009, pp. 28-31 e J.-M. Nobre-Correia, « Repensar as estruturas » in revista em linha Notas de Circunstância, Fundão, n° 1, 5 setembro 2013.


Texto publicado no quinzenário JL Jornal de Letras, Lisboa, 16 de março de 2016, p. 32.

quarta-feira, 2 de março de 2016

Uma urgência demasiado esquecida

J.-M. Nobre-Correia
Média : Perante a grave crise que atravessa a informação escrita em Portugal, poderes políticos sucessivos manifestam uma indiferença que não deixará de ter sérias repercussões no sistema democrático…

Portugal tem o índice de penetração da imprensa diária mais baixo da até há pouco chamada Europa Ocidental : umas sete a nove vezes inferior ao da Europa escandinava. E é provavelmente também o país que conta menos títulos diários relativamente às respetivas demografia e superfície. Como se isto não bastasse, diários há que correm o risco de deixarem de ser publicados. Enquanto outros se encontram em situação financeira grave, despedem jornalistas, diminuem o número de páginas e reduzem custos, o que se traduz numa inevitável perda de qualidade.
Perante tal situação absolutamente catastrófica, parlamentos e governos sucessivos guardam silêncio, mantendo-se indiferentes e inertes, como se isso não lhe dissesse respeito. A pontos de deixarem pensar que, no fim de contas, a classe política deste país preferiria fazer a sua vidinha sem que jornalistas e jornais se metessem-se nela. Ou dito de outro modo : sem que os cidadãos fossem minimamente informados do que se passa nas esferas do poder…
Sejam quais forem as críticas a fazer às caraterísticas dominantes dos mundos mediático e jornalístico, a circulação de uma informação de qualidade constitui um elemento indispensável ao bom funcionamento de uma democracia. Pelo que urge elaborar um plano suscetível de favorecer a sustentabilidade dos títulos existentes e, paralelamente, promover a criação de novos títulos.
Para além da sustentabilidade, conviria incentivar iniciativas que levassem os atuais diários de informação geral (em papel ou em linha) a reforçar as equipas de redação e a desenvolver o jornalismo de investigação, de reportagem e de análise, assim como as correspondências do estrangeiro, e mais particularmente da União Europeia e dos países de língua portuguesa. Mas também iniciativas de natureza a propor uma melhor cobertura da atualidade do país “do interior” e até o lançamento de cadernos regionais com informação e publicidade específicas. Assim como iniciativas suscetíveis de alargar consistentemente as magras difusões atuais, quer em Portugal mesmo quer junto da lusofonia no mundo.
Paralelamente, conviria privilegiar o lançamento de novos diários de informação geral (pelo menos em versões digitais) baseados em três ou quatro cidades das regiões de “baixa densidade”. De modo a descentralizar uma informação demasiadamente concebida em função de um litoral Centro-Norte e sobretudo de Lisboa e dos meios dirigentes (políticos, económicos, culturais, sociais e desportivos) que por lá reinam… Mas de modo também a favorecer uma informação regional concebida em termos de qualidade profissional, o que é raramente o caso hoje em dia.
Dirão os eternamente pessimistas que Portugal atravessa uma crise económica e financeira nada favorável a tais iniciativas. Só que a ajuda ao desenvolvimento de iniciativas em matéria de informação escrita (impressa ou digital) poderá ter como origem um fundo alimentado por financiamentos de origem muito diversa. De origem pública (União Europeia, Estado português e outros) e de origem privada : percentagem das receitas de publicidade das estações de televisão assim como dos diários e semanários gratuitos, imposição sobre a venda de tecnologias de telecomunicação (telemóveis, antenas parabólicas, redes de cabo, computadores, fornecedores de acesso à internet…), imposição sobre as receitas dos operadores de telecomunicações, contribuições voluntárias de instituições, empresas e pessoas privadas (dedutíveis da imposição fiscal)…
O fundo poderia ser solicitado por empresas de média já existentes ou por sociedades criadas em vista do lançamento de novos projetos. No caso de novas sociedades, estas teriam obrigatoriamente que ser constituídas por equipas de jornalistas, de comerciais e de gestores acionistas em proporções definidas por elas próprias. Em qualquer dos casos, os fundos seriam atribuídos mediante a apresentação de projetos editoriais, comerciais e financeiros circunstanciados, devidamente acompanhados dos comprovativos emanados das empresas de que as publicações seriam clientes. E os projetos seriam analisados e avaliados pela direção do fundo composta por elementos independentes de indiscutível competência em matéria de média de informação escrita.
Para além do financiamento do fundo, as instituições e empresas poderiam complementarmente participar neste apoio à informação generalista escrita através da subscrição a preço preferencial de assinaturas coletivas para o seu pessoal, fiscalmente dedutível. Como poderiam participar com inserções publicitárias também fiscalmente dedutíveis a partir de um certo número de inserções ou de montante financeiro.
A qualidade e a pujança de uma democracia estão estreitamente ligadas ao dinamismo e ao pluralismo da informação proposta aos cidadãos : há pois que cuidar dela, urgentemente. As autoridades políticas não podem continuar a ignorar o estado confrangedor em que se encontram os média de informação escrita, se não quiserem ser acusados de serem os primeiros responsáveis pelo definhar da democracia pluralista !…
Professor emérito de Informação e Comunicação da Université Libre de Bruxelles



Texto publicado no diário Público, Lisboa, 2 de março de 2016, p. 43.