quarta-feira, 16 de agosto de 2017

Une expérience inédite

J.-M. Nobre-Correia
À l’extrémité la plus occidentale de l’Europe, au Portugal, se déroule depuis presque deux ans une expérience de majorité parlementaire et de gouvernement de gauche. Un cas rare auquel pourtant on s’intéresse peu, obnubilés que nous sommes par les tribulations de Syriza en Grèce, de Podemos en Espagne ou de la France insoumise dans l’Hexagone…

Tout porte à croire que la pertinence de l’actualité est fonction de la dimension du pays où elle se déroule. C’est manifestement le cas pour ce qui est des critères journalistiques. Mais c’est aussi le cas dans les milieux politiques. À moins d’une rupture radicale qui puisse laisser présager un « grand soir » avec des « lendemains qui chantent », car alors l’intérêt augmente grandement : ce fut le cas du Portugal et de sa « Révolution des œillets » en 1974-75 [1]
Or, de nos jours, sur les rives du Tage, aucun « grand soir » ne paraît s’annoncer. D’où l’intérêt des médias et des politiques européens pour ce qui se passe plutôt en Espagne et les « lendemains qui chantent » annoncés régulièrement par Podemos. Alors que, tout en sachant relativiser les choses, l’organisation sœur au Portugal existe depuis 1999, le Bloco de Esquerda (Bloc de Gauche, BE) étant même la troisième force politique au parlement. D’autres préfèrent se tourner du côté de la Grande-Bretagne et vers le relatif succès récent du Labour que d’aucuns attribuent à son retour aux « fondamentaux ». Mais, est-ce qu’au Portugal le Bloco de Esquerda et surtout le Partido Comunista Português (PCP) ne sont-ils pas restés fidèles à ces « fondamentaux »-là ?…
LA CONJONCTION DE TROIS FACTEURS
Bref : médias et politiques ont recours à des loupes aux graduations différentes pour expliquer leurs enthousiasmes pour les situations politiques de pays différents et des formations politiques de ces pays. Même si, la différence majeure avec tous ces pays-là est que, au Portugal, la gauche est au pouvoir depuis bientôt deux ans !
Certes, on dira qu’à l’extrémité la plus occidentale de l’Europe, la gauche est dans une situation plutôt équivoque. Que le modèle politique adopté n’est pas vraiment le plus enviable, avec un gouvernement du seul Partido Socialista (PS). Mais combien d’autres pays de l’Union européenne ont-ils une majorité parlementaire de gauche au pouvoir avec des succès économiques et sociaux incontestables ? Sans oublier que, depuis lors, la gauche progresse continuellement dans les sondages au point de, théoriquement, détenir désormais une majorité absolue à l’Assemblée de la République, au cas où les élections législatives auraient lieu ces temps-ci : en janvier 2016, un mois après l’entrée en fonction du gouvernement d’António Costa, la gauche pesait 50,9 % dans les intentions de vote et la droite 39,8 % ; un an et demi après, à la mi-juin 2017, ces valeurs atteignaient 61,2 % et 29,2 % respectivement [2].
Il est vrai que cette approche optimiste de la situation politique portugaise doit être fortement nuancée sur certains points. Et tout d’abord par le fait que, malgré quatre années d’opposition sous une législature où la droite du Partido Social Democrata (PSD) et du Centro Democrático Social (CDS) [3] a pratiqué une « politique d’austérité » bien plus sévère que celle qui lui était imposée par la troïka [4], le PS, principale force d’opposition, n’est pas parvenu à sortir gagnant des élections législatives d’octobre 2011. Ce qui a amené le président de la République d’alors, un personnage profondément hargneux et culturellement fort limité, à quelques semaines de quitter ses fonctions, à inviter la coalition PSD-CDS à constituer un gouvernement minoritaire. Coalition immédiatement mise en échec au parlement, ouvrant ainsi les portes à la formation d’une majorité de gauche (et pas exclusivement PS sur le plan parlementaire), pour la première fois depuis que la Constitution de 1976 est entrée en vigueur.
En fait, l’actuelle majorité parlementaire est le fruit de trois principaux facteurs. D’abord, le PS n’est pas parvenu à gagner à lui seul la majorité absolue ni même à se classer comme premier parti en termes électoraux, se plaçant derrière le PSD. Ensuite, le fait que le BE et le PCP aient gardé un amer souvenir de leur « tacticisme » en mars 2011, quand ils conclurent une « alliance objective » avec la droite pour faire tomber le gouvernement socialiste minoritaire de José Sócrates, faisant ainsi place nette à un gouvernement de droite PSD-CDS. Enfin, troisième facteur, le gouvernement de droite a pratiqué une invraisemblable politique de la terre brûlée, augmentant taxes et impôts, diminuant salaires, pensions et pouvoir d’achat, provoquant une hausse substantielle du chômage, de la pauvreté et de l’émigration (surtout de jeunes avec une formation universitaire), décapitant diverses grandes entreprises publiques et privées passées sous contrôle d’intérêts étrangers (bien souvent à coûts dérisoires) [5].
L’HOSTILITÉ DE LA DROITE ET DE LA TROÏKA
Une fois connus les résultats des élections législatives d’octobre 2015, très rapidement, et à la grande surprise de la plupart des observateurs, aussi bien le PCP que le BE ont invité le PS à constituer un gouvernement minoritaire qu’ils pourraient appuyer au parlement : c’était la seule sortie honorable possible pour António Costa, secrétaire général du PS. D’autant plus plausible que Costa, ancien maire de Lisbonne, avait entretenu des rapports cordiaux avec ces autres formations de gauche. Ajoutons-y un petit détail privé : sa mère, journaliste, est encore aujourd’hui militante socialiste, son père, écrivain, est resté militant communiste jusqu’à sa mort…
De longues négociations commencèrent alors entre les délégations du PS, du PCP, du BE et du Partido Ecologista os Verdes (toujours allié au PCP dans la Coligação Democrática Unitária à l’occasion des élections [6]). Des négociations étrangement menées séparément entre le PS et chacun des trois autres partis, donnant lieu à des signatures finales séparées sur trois documents différents.
Très rapidement, la droite s’est mise à proclamer que le nouveau gouvernement ne tiendrait pas et serait inévitablement de courte durée. Le leader du PSD, Pedro Passos Coelho, s’est mis à annoncer régulièrement la prochaine crise et même « l’arrivée du diable » (sic) pour la rentrée de septembre 2016 ! Les médias grand public, fort marqués à droite, sont bien souvent tombés dans l’incrédulité, voire dans la dérision, annonçant régulièrement des tensions à l’intérieur du PS et offrant volontiers des tribunes aux contestataires favorables à une entente du « centrão » (grand centre), c’est-à-dire : du PSD avec le PS. Et il va sans dire que, en outre, les médias se sont mis régulièrement à voir, un peu partout, des signes annonciateurs de crises entre les partis de la majorité, des signes provenant des syndicats, des hôpitaux publics, des écoles publiques, des institutions européennes, des agences de notations,…
Pourtant, peu à peu, la majorité de gauche donnait des signes de volonté de tenir toute la législature. Et, malgré des tensions et négociations régulières, l’appui parlementaire au gouvernement socialiste a globalement tenu. Il a ainsi permis à Costa et à ses ministres de mener une politique à contre-courant de celle imposée par la « troïka ». Une « troïka » qui affirmait mordicus qu’il n’y avait pas d’alternative à l’austérité et qu’il fallait dès lors se soumettre et respecter strictement ses consignes.
Victime des sarcasmes du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, du président néerlandais de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem [7], et du vice-président letton de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, avec cette condescendance habituelle qu’ont les Européens du Nord pour ceux du Sud, le ministre portugais des Finances, Mário Centeno, a dû se battre durant de longs mois avant de démontrer que les options politiques de son gouvernement donnaient de bons résultats et même d’excellents résultats. Au point que, une quinzaine de mois plus tard, il sera officieusement approché à diverses reprises pour reprendre le poste de président de l’Eurogroupe, Dijsselbloem devant quitter le poste dès la constitution d’une nouvelle coalition gouvernementale au Pays-Bas !
LES ÉCONOMISTES DE BRUXELLES EN ÉCHEC
Le fait est que, après la politique d’austérité désastreuse du gouvernement PSD-CDS, la situation économique portugaise va mieux, grâce aux options prises par le gouvernement du PS. Grâce à une baisse de la charge fiscale directe, une baisse de la TVA (notamment dans la restauration, de 23 à 13 %), une hausse du salaire minimum (à deux reprises : à 530 euros d’abord et à 557 un an plus tard), un retour de diverses aides sociales (avec notamment la restitution des valeurs de 2010 pour les personnes âgées), une actualisation des pensions et une réduction progressive des statuts professionnels précaires. Avec des conséquences qui ont en tout contredit les grands « analystes » néo-libéraux de Bruxelles : croissance économique, baisse du chômage, augmentation des postes de travail, baisse du déficit budgétaire, augmentation des exportations et balance commerciale avec l’étranger positive, l’investissement lui-même donnant finalement des signes de reprise.
D’aucuns diront que des facteurs externes expliquent par certains côtés ces retombées positives sur l’économie portugaise, notamment la croissance économique que l’on observe dans l’Union européenne et plus particulièrement dans l’Espagne voisine, principal partenaire commercial du Portugal. Et aussi que le climat de forte insécurité qui règne sur le Nord de l’Afrique et le Proche Orient explique grandement l’énorme croissance de l’afflux de touristes sur les rives les plus occidentales de l’Europe.
Quoi qu’il en soit, le 25 mai dernier, le Portugal est sorti formellement de la Procédure pour Déficit excessif (PDE) qui lui avait été imposée par la Commission européenne en 2009. Le gouvernement appuyé par la majorité de gauche atteint les meilleurs résultats budgétaires des 42 ans de démocratie, proposant même le remboursement anticipé de 10 milliards d’euros au FMI [8]. Alors que l’inénarrable Schäuble, ferme soutien du gouvernement PSD-CDS qui, selon lui, se trouvait « sur le bon chemin », tout en se disant préoccupé (en juin 2016 et encore en mars 2017 !) avec l’éventualité de voir le gouvernement PS (appuyé par des bloquistes et des communistes) devoir demander un deuxième sauvetage financier… Il a dû cependant reconnaître la réalité des faits lors de la réunion des ministres des Finances de l’Eurogroupe de la mi-juin : un déficit budgétaire de 3 % du PIB en 2015, de 2 % en 2016 et une prévision de 1,5 % en 2017 ; une croissance économique de 0,9 % en 2014, de 1,6 % en 2015, de 1,4 % en 2016 et une prévision de 1,8 % en 2017 (l’Institut national de statistique évoquant même un possible 2,5 %). Et le même Schäuble de déclarer que Centeno était, somme toute, le Cristiano Ronaldo de la finance !…
UN CLIMAT SOCIAL FORTEMENT APAISÉ
Certes, la dette publique reste très élevée : 130 % du PIB. Mais tout porte à croire que le climat économique est devenu positif et a le vent en poupe, tandis que le climat social connaît une manifeste accalmie que la droite, fort râleuse, attribue à une prétendue connivence des syndicats avec les partis de gauche (et plus particulièrement du plus important, la CGTP, Confédération générale des Travailleurs portugais, où le poids du PCP est historiquement notoire, mais aussi de l’UGT, Union générale des Travailleurs, où l’influence est partagée entre PS et PSD). En fait, cette accalmie s’explique un peu parce que le taux de chômage qui était de 12,5 % en mai 2011, à la veille de l’entrée en fonction du gouvernement PSD-CDS, et que celui-ci avait fait monter jusqu’à 17,5 % en janvier 2013, était encore de 12,2 % en novembre 2015 (grâce notamment au départ de centaines de milliers de jeunes vers l’étranger). Il était en mars dernier de 9,8 %, la valeur la plus basse depuis 2009, avec une chute depuis mars 2016 qui était la plus élevée des pays de la zone euro.
Ce climat social particulièrement serein est également fortement favorisé, à la très grande surprise de la majorité de l’opinion publique de gauche, par le nouveau président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa, élu en janvier 2016 et entré en fonction dès mars. Homme de droite, ancien président du PSD, Rebelo de Sousa est aussi un ancien professeur universitaire de droit constitutionnel, soucieux des formes. En outre, il n’est pas vraiment un admirateur de l’homme politique Passos Coelho, qui avait plutôt cherché à lui mettre des bâtons dans les roues à l’approche des dernières élections présidentielles. La chute brutale de Passos Coelho auprès de l’opinion publique, mise en évidence par les sondages, ne fait que conforter l’opinion du président à son sujet…
À gauche, et surtout au sein de la gauche radicale, des voix se lèvent demandant que l’action du gouvernement soit plus clairement réformatrice et sociale. Car beaucoup de décisions concernant de grandes institutions publiques (au niveau des diverses entités de régulation, comme de la banque publique, par exemple) continuent à être prises en concertation du PS avec le PSD, dans la mesure même où beaucoup supposent constitutionnellement une approbation par un vote à l’Assemblée de la République d’une majorité spéciale de deux tiers. Sans que BE, PCP et PEV aient réellement leur mot à dire, mais sans qu’ils s’opposent aussi ouvertement à de telles façons de procéder.
Pourtant, dans une attitude décidée mais prudente, le gouvernement a marqué quelques avancées sociales avec l’accord de toute la gauche (mais aussi du PAN, Pessoas Animais Natureza, qui compte un seul député). En promulguant une loi sur l’adoption par des couples du même sexe (malgré le veto initial de l’ancien président de la République), en baissant la durée du temps hebdomadaire de travail dans la fonction publique à 35 heures, en faisant des animaux « des êtres vivants dotés de sensibilité » et non plus des choses (mesure d’ailleurs adoptée à l’unanimité par l’Assemblée de la République).
Pour ce qui est du secteur toujours sensible de l’enseignement, malgré une forte hostilité de la droite (et une manifeste instrumentalisation de l’Église catholique), la gauche a mis un point d’arrêt à l’expansion de l’enseignement privé subsidié par l’État : désormais, seules les écoles privées existantes dans des lieux d’où l’école publique est absente seront encore subsidiés par des fonds publics. On cherche ainsi à mettre fin à un fossé social de plus en plus évident entre écoles privées pour élèves sélectionnés de milieux plutôt favorisés et écoles publiques ouvertes à tous, y compris aux élèves issus des milieux défavorisés. Et il faut y ajouter encore le fait que dorénavant les livres scolaires sont gratuits pour 370 mille élèves qui entrent en 1ère année.
D’autres revendications de la gauche plus radicale consistent à faire que le gouvernement puisse procéder à des investissements publics plus importants (et actuellement fort réduits, conséquence de la dette publique qui reste à payer) de manière à favoriser l’enseignement et l’assistance médicale, mais aussi à augmenter le salaire minimum et le niveau des pensions, de manière à réduire les poches de pauvreté existantes. Plus largement se pose également le problème de accès de mandataires des trois autres partis partenaires de la majorité parlementaire aux institutions publiques dont ils sont quasiment absents, exception faite du Conseil d’État (organe consultatif du Président de la République) où le PCP a fait son retour avec un représentant et où le BE a pu désigner pour la première fois un des siens.
ÊTRE OU NE PAS ÊTRE AU GOUVERNEMENT
Une question plus déterminante se pose encore : pourquoi les partis qui constituent la majorité parlementaire ne se retrouvent-ils pas au sein du gouvernement, où seul le PS est présent ? Le discours dominant régnant au sein des médias et du monde politique depuis 1975, en tout cas, caractérisé par l’hostilité à l’égard des partis se situant à la gauche du PS et surtout à l’égard du PCP, a pu inviter à une certaine prudence tactique lors de la constitution du gouvernement de gauche en novembre 2015. Plus rien ne justifie aujourd’hui un gouvernement purement PS : le Portugal n’est pas sorti de l’UE ni de l’euro, ni même de l’OTAN, n’a pas nationalisé la moindre entreprise (exception faite de la reprise de 50 % du capital de la compagnie aérienne TAP qui avait été privatisée par le précédent gouvernement alors qu’il avait déjà été renversé au parlement !) …et personne ne dévore des petits enfants au petit déjeuner ! On n’a même pas vu le BE, le PCP et le PEV des couteaux entre les dents : ils se sont montrés, tout au contraire, des gens parfaitement fréquentables et urbains !
Le côté plutôt paradoxal de la question est que les trois partis en question ne se montrent pas particulièrement intéressés par une telle participation gouvernementale, préférant garder leur indépendance à l‘Assemblée de la République comme à l’extérieur, en assumant pleinement leur fonction tribunitienne ! Ce qui ne va peut-être pas sans poser quelques problèmes au sein de l’opinion publique et des futurs électeurs. En effet, selon le sondage Aximage de la mi-juin déjà cité, en cas d’élections, le PS obtiendrait 43,7 % des votes, le PSD 24,6 %, le BE 9,7 %, la CDU (PCP-PVE) 7,8 % et le CDS 4,6 %, sans oublier 7,3 % de votes blancs ou nuls et 2,3 % d’indécis.
De tels résultats reviennent à dire que seul le PS profite nettement des succès du gouvernement, très largement en détriment du PSD. Autrement dit : un électorat globalement centriste, bombardé par la propagande du gouvernement PSD-CDS, du Conseil européen et de la Commission européenne, ainsi que des médias portugais grands publics, était confronté à la gestion décevante du PSD-CDS, mais ne faisait pas suffisamment confiance au PS pour voter pour lui lors des élections d’octobre 2015. Aujourd’hui, au vu de la nouvelle situation économique et sociale, cet électorat centriste a glissé sans états d’âme du côté du PS.
Mais de tels résultats montrent aussi clairement que BE et PCP-PEV marquent le pas, se maintiennent stationnaires en termes de résultats électoraux annoncés par les sondages mais ne tirent aucun profit de leur appui extérieur au gouvernement PS. La question qui se pose dès lors est celle de savoir si, avec des résultats annoncés qui pourraient lui permettre de disposer d’une majorité absolue à l’Assemblée de la République, le PS va-t-il encore se tourner du côté de ses actuels alliés. António Costa déclare ici et là que la majorité de gauche sera maintenue. Le futur le dira…
Ce futur pourrait d’ailleurs déjà donner des premiers signes importants lors des élections locales prévues pour le dimanche 1er octobre. Des élections auxquelles PS, BE et CDU se présenteront séparément, quitte à ce que nouent par la suite des alliances pour constituer des majorités au sein des communes et des municipalités [9]. On verra alors si la CDU parvient à maintenir et même à élargir sa traditionnelle implantation locale, son action à ce niveau-là étant d’ailleurs généralement reconnue même par des milieux de droite. Mais on verra aussi si le BE parvient enfin à sortir de l’étroite sphère intellectuelle urbaine et à s’implanter réellement au niveau local, dans le Portugal rural « de l’intérieur », ce qu’il n’est toujours pas parvenu à faire jusqu’à présent.
Par ailleurs, la manière dont se dérouleront les campagnes électorales locales entre concurrents de gauche et les résultats obtenus par chacune des formations de cette même gauche seront évidemment analysés à la loupe, car ils pourront laisser présager la suite de la majorité parlementaire, de sa solidité et de l’envie de pousser plus loin les accords qui lient les quatre partenaires.
DU TOURISME AU TOURISME POLITIQUE
Un des facteurs qui expliquent l’évolution économique positive du Portugal est l’explosion du nombre de touristes venant de l’étranger qui l’ont choisi pour leurs escapades : + 12,6 % en 2016 par rapport à l’année précédente et une sobre estimation de + 10,0 % pour 2017 par rapport à l’année dernière. Il ne semble pourtant pas que le « tourisme politique » ait suivi une évolution comparable : à part le cas du malheureux Benoît Hamon du PS français qui est venu chercher l’appui du PS et du BE (ce dernier ayant estimé, dans une attitude plutôt sectaire, qu’il n’était pas vraiment un des siens !), la gauche européenne ne semble pas particulièrement intéressée par le « cas portugais »…
Ce manque d’intérêt peut s’expliquer par le côté singulier de la cartographie de la gauche portugaise. Avec un parti communiste qui se maintient au parlement comme quatrième force politique et qui parvient également à maintenir des positions non négligeables dans l’administration publique locale, ainsi qu’une position forte dans le monde syndical et des positions enviables dans des organisations de femmes et de jeunes. Un parti qui, malgré sa traditionnelle implantation dans les milieux ruraux, âgés et peu instruits, est parvenu à renouveler et rajeunir fortement ses adhérents, ses cadres et ses mandataires politiques.
Dans la plupart des pays européens et notamment dans ceux où les partis communistes avaient des positions électorales et sociales fortes (tels l’Italie, la France ou l’Espagne), ils ont aujourd’hui disparus ou été réduits à portion congrue. Alors que, conséquence même de l’inexistence de fait du PS quand la « Révolution des œillets » a éclaté et de sa dérive rapide vers des positions centristes, sous la pression des parrains états-uniens et fédéral-allemands, le PCP s’est retrouvé en train d’occuper une grosse part de l’espace de gauche, où l’on retrouvait également une multitude de groupuscules gauchistes sans avenir.
Par ailleurs, pour ce qui est du Bloco de Esquerda, il constitue un cas somme toute assez original et déjà ancien dans le panorama politique de la gauche européenne, où l’on ne retrouve pas vraiment d’exemples comparables. Conjonction de trotskistes, de maoïstes et d’ex-rénovateurs du PCP, le BE — dont les principaux leaders sont depuis quelques années surtout des femmes — est avant tout un parti aux origines intellectuelles et urbaines, s’inspirant d’un marxisme fortement modernisé par des préoccupations sociétales et écologistes, n’ayant pas des origines aussi plurielles et fragmentées que le grec Syriza, et ne revendiquant ni les origines spontanéistes ni la démarche populiste que l’espagnol Podemos assume de par sa généalogie issue des « indignados ». Même si, dans la « soupe » qui caractérise bien souvent le Parlement européen, ils en fassent tous les trois partie de la Gauche unitaire européenne (dans le cas du BE comme « parti associé ») …tout comme d’ailleurs le PCP !
Autrement dit : la gauche portugaise est somme toute composée par des formations politiques aux généalogies plutôt classiques, bien que marquées toutes par le sceau de la modernité sociétale. Ajoutons-y la grande stabilité et continuité du PCP et celle aussi plus récente, certes, du BE. Des histoires et positionnements politiques qui les distinguent fortement de beaucoup de leurs congénères européennes. Des congénères européennes qui, en fin de compte, s’intéressent peu à l’expérience portugaise, rêveuses qu’elles sont quelquefois de « lendemains qui chantent » sentant bon des printemps de modernité auquel l’humanité songerait depuis l’aube des temps !…
TENTATIONS ET RESPONSABILITÉS HISTORIQUES
L’expérience portugaise réussira-t-elle et, plus simplement, survivra-t-elle ? Les prochains mois seront probablement décisifs, les résultats des élections locales d’octobre pourront avoir des retombées importantes sur les rapports entre partis de gauche. Toutefois, les raisons majeures qui ont amené les quatre formations à s’entendre restent entières : la virulence idéologique du gouvernement précédent de la droite PSD-CDS, la violence de ses procédés, les tentatives répétées de violer la Constitution, la manière dont il a remis à des intérêts étrangers des entreprises bien souvent très rentables, l’incompétence dont, tout compte fait, il a fait preuve pendant ses plus de quatre ans de gestion. Tout un ensemble d’attitudes qui ont fortement marqué et choqué « le peuple de gauche », qui a vu dans la démarche des gouvernements de Passos Coelho le désir profond de reconstituer la société de l’ancien régime salazariste, avec ses forts clivages sociaux, ses prébendes pour une minorité et ses énormes poches de pauvreté pour beaucoup…
Encore faudra-t-il que les formations de gauche ne perdent pas de vue ces souvenirs d’un passé récent et les priorités sociales qu’aujourd’hui les citoyens attendent d’elles. Et encore faudra-t-il que le PS ne se laisse pas éblouir par les tentations d’une potentielle majorité absolue et oublie alors ses compagnons de route et ses responsabilités historiques…

Un gigantesque incendie, et soudain…    
J.-M. Nobre-Correia

Tout allait bien dans le meilleur des mondes. Pratiquement tous les indicateurs économiques étaient au vert et les sondages étaient bons pour la gauche. La droite, elle, râlait de plus en plus, sa stratégie étant de nier les évidences et ne pas avancer la moindre proposition alternative…
Soudain, le 17 juin, un énorme incendie se déclare dans une région boisée du centre du pays. Pendant cinq jours, il dévore des villages entiers, faisant 64 morts et 254 blessés. A-t-il comme origine la foudre, comme prétendent des spécialistes ? Ou a-t-il été le fruit d’un acte humain, comme affirment d’autres ?
RENTABILISER POLITIQUEMENT LA TRAGÉDIE
Le fait est que l’équipement en matière de communications d’urgence fait défaillance et que protection civile et pompiers ne réagissent pas avec l’efficacité souhaitable. La droite se jette alors dans une attaque contre le gouvernement, incapable de protéger les citoyens, de concevoir une politique de la forêt et de disposer d’équipements à la hauteur des besoins. Sauf que la forêt attend des solutions depuis des décennies, que le gouvernement PSD-CDS n’a strictement rien fait en la matière, comme lors de précédentes défaillances des équipements d’urgence en communications.
Tirer profit de la tragédie : l’attitude de la droite est plutôt mal vue. Mais elle relance l’offensive quand, curieusement, un « important » vol de « matériel de guerre » est annoncé le 28 juin. S’y ajoutant d’étranges offensives venant d’Espagne.
Dans le cas de l’incendie, c’est El Mundo, quotidien madrilène d’une droite activiste, qui publie pendant quelques jours des textes féroces annonçant la fin du gouvernement d’António Costa, signés par « Sebastião Pereira ». Mais El Mundo n’a plus de correspondant à Lisbonne et personne dans le milieu journalistique ne connait ce confrère, aucun détenteur de la carte de journaliste ne portant ce nom. Et quand la direction d’El Mundo est interrogée à ce sujet, elle répond qu’il s’agit d’un pseudonyme. Un « pseudonyme » disparu tout de suite des colonnes du journal…
Quant à l’armement, c’est le quotidien numérique El Español, fondé et dirigé par le fondateur et premier directeur d’El Mundo (suite à son licenciement par le propriétaire, l’italien RCS, éditeur du milanais Corriere de la Sera) qui publie la liste du matériel volé ! De là à penser que la droite et l’extrême droite, comme en 1974-76, ont installé leurs bases arrière en territoire espagnol pour déclencher l’offensive contre un gouvernement et une majorité parlementaire devenus à leurs yeux intolérable. Hypothèse d’autant plus plausible qu’en Espagne, à gauche, on rêve de plus en plus de « l’expérience portugaise », tandis que la droite éprouve des sueurs froides face à un possible « effet de contagion »…
Une manifestation de protestation de militaires réservistes de droite est convoquée …et annulée quelques jours plus tard. Ensuite, c’est l’état-majeur des forces armées qui vient dire que le matériel volé était vieillot et destiné à la casse, ne valant plus que 34 mille euros ! Tandis que des officiers hauts gradés, dont certains liés au 25 Avril (Vasco Lourenço, par exemple) mettent en question la réalité d’un tel vol…
UNE ÉTHIQUE À GÉOMETRIE VARIABLE
Mais alors que la droite demandait avec insistance la démission de la ministre de l’Administration interne (du fait de l’incendie) et du ministre de la Défense (à cause du « vol » d’armes), ce sont trois secrétaires d’État qui ont démissionné le 9 juillet, devançant le Ministère public qui voudrait les accuser d’avoir accepté des invitations du groupe d’énergie Galp pour la finale de l’Eurofoot l’année dernière à Paris. Ce qui suscite une polémique sur l’éthique de la vie politique, mais aussi sur celle du milieu judiciaire qui « oublie » les invités des partis de droite pour la même échappée à Paris.
Le 14 juillet, huit nouveaux secrétaires d’État entrent en fonction, tous les ministres ayant gardé leurs postes. Un nouveau sondage publié le 15 juillet montre que la gauche se renforce, tandis que la droite faiblit : PS 44,0 %, PSD 22,9 %, BE 10,1 %, CDU 7,8 %, CDS 5,3 %, blancs ou nuls 7,5 % et indécis 2,4 % [10]. La droite portugaise et ses amis espagnols ont encore à se faire du mouron…




[1] Ce fut aussi ponctuellement le cas durant la rédaction de ce texte, lors du gigantesque incendie qui, du 17 au 22 juin, a dévoré des villages de l’intérieur centre du Portugal. Mais dès le surlendemain, les médias européens parlaient encore et toujours de l’incendie de la tour de Londres le 14, mais plus beaucoup de l’incendie au Portugal. Pourtant, celui-ci a fait un nombre de victimes assez comparable !…
[2] Sondage Aximage paru le 16 juin 2017 dans le quotidien généraliste Correio da Manhã et dans le quotidien économique Jornal de Negócios, édités par le même groupe médias.
[3] Ces deux partis sont affiliés au Parti populaire européen (PPE) « d’inspiration libérale-conservatrice ».
[4] Composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international.
[5] Sur les premières semaines de vie de la majorité parlementaire de gauche, voir :
J.-M. Nobre-Correia, “Des ententes aux lendemains incertains” in Les Blogs de Politique, Bruxelles, 28 décembre 2015.
J.-M. Nobre-Correia, “Après quarante ans, le grand tournant” in Politique, Bruxelles, n° 93, janvier-février 2016, pp. 12-15.
J.-M Nobre-Correia, “L’avenir ne fait que commencer” in Politique, Bruxelles, n° 94, mars-avril 2016, pp. 63-64.
[6] D’aucuns prétendent que le PEV n’est qu’une annexe du PCP, qui aurait joué un rôle lors de la création du parti écologiste. Mais le fait est que le PEV prend bien souvent des positions différentes du PCP, aussi bien au parlement qu’en dehors, notamment en matières sociétales.
[7] Après que son parti — le Partij van de Arbeid (PvdA), nom du parti social-démocrate aux Pays-Bas — ait été mis en déroute aux élections législatives néerlandaises, Jeroen Dijsselbloem, ministre des Finances, a osé déclarer au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine, à propos de la situation financière des pays de l’Europe du Sud, que « on ne peut pas dépenser tout l’argent en alcool et en femmes et venir ensuite demander de l’aide » ! Déclaration prise comme un signe d’arrogance myope teintée de xénophobie qui a fait scandale chez des Européens du Sud, sans que cela ait entraîné la démission dudit président de l’Eurogroupe…
[8] Le 30 juin, le Portugal a remboursé 1 milliard d’euros au FMI et le gouvernement se proposait de rembourser 2,6 milliards de plus avant le mois d’août, alors que ces payements devraient être faits entre juin et octobre 2019.
[9] Dans la structure administrative portugaise, une municipalité (« concelho ») réunit plusieurs communes (« freguesias »).
[10] Sondage Aximage paru le 15 juillet 2017 dans le Correio da Manhã et le Jornal de Negócios.



Texte paru dans la revue Politique, Bruxelles, n° 101, septembre 2017, pp. 106-115.

domingo, 30 de julho de 2017

Da integração à comunitarização

J.-M. Nobre-Correia
Médias : Em cinquenta anos de tempo, operou-se uma evolução absolutamente revolucionária nos processos de informação, com curiosas repercussões no seio das populações e-imigrantes…

Em meados dos anos 1960, quando um emigrante chegava ao país de destino, dava entrada num meio social onde conhecia velhos amigos, alguns vagos conhecidos ou até mesmo ninguém…
Para além deste pequeno círculo de antigos ou recém conhecidos, o emigrante sentia uma maior ou menor necessidade em estabelecer novos contactos no seu novo meio social, mas também em manter em maior ou menor grau contactos com os que tinham ficado no país de origem. E o grau de necessidade dependia, é claro, da sua própria personalidade, da sua própria sensibilidade.
Meios de comunicação lentos ou caríssimos
Num primeiro tempo, os contactos com o novo país eram geralmente difíceis. Porque o desconhecimento ou o fraco conhecimento da língua dificultavam o acesso às pessoas e aos média. Mas também porque, no caso da emigração portuguesa, a miserável ou débil condição financeira não facilitava estes contactos, nomeadamente no que dizia respeito à imprensa e à televisão.
Quanto aos contactos com os que ficaram no país, só o correio postal praticamente os permitia, embora cartas e postais levassem dias a chegar ao destino. E, quando a Pide suspeitava que expedidores ou destinatários tivessem tendências políticas “inaceitáveis”, as ditas cartas e os ditos postais nem sequer chegavam ao destinatário. Enquanto que o conteúdo, em matéria de escritos ou de fotografias, ia contribuir para os dossiês acusatórios da dita Pide, a utilizar na devida altura…
Para além do correio postal, o telefone era raro e caríssimo. Tinha que se ir aos correios, pedir um número em Portugal, esperar um tempo por vezes infinito, prestar atenção ao que se dizia (pois a Pide estava à escuta) e pagar uma pequena fortuna ...para quem era emigrante com magros recursos financeiros, como era geralmente o caso !
Ainda quanto ao país de origem, os jornais chegavam pouco e tardiamente, e as assinaturas eram caras. As rádios portuguesas eram extremamente difíceis de captar e apenas era possível fazê-lo em ondas curtas, geralmente em más condições sonoras. Pelo que havia então que voltar-se eventualmente para as emissões em português de diferentes rádios públicas europeias.
É claro que, a acrescentar a tudo isto, havia a imprensa militante e as rádios de oposição ao regime salazarista : a Rádio Portugal Livre, do PCP, emitindo a partir de Praga, e Rádio Voz da Liberdade, da Frente Patriótica de Libertação Nacional, que emitia de Argel.
Os emigrantes eles mesmos tinham poucos meios de expressão mediática. Estávamos ainda na era da máquina de datilografar e dos estêncis que davam pouquíssima margem de manobra em termos de grafismo e de paginação. Houve depois a fotocópias, que foram num primeiro tempo caras e de má qualidade. Mas, apesar destas deficiências técnicas, apareceram então muitos folhetos e jornalitos, sobretudo ligados a partidos de esquerda ou esquerdistas e a associações de trabalhadores.
Uma mutação tecnológica importante
O 25 de Abril chegou numa altura em que, nos anos 1970-80, se estava a processar uma mutação tecnológica importante no sector dos média com a fotocomposição, o offset, a modulação de frequência, as redes de cabo, os satélites geoestacionários e as antenas parabólicas.
As condições técnicas e financeiras de produção dos jornais impressos passaram assim a ser mais ligeiras. Provocando uma explosão de novas publicações destinadas a públicos limitados. E, no caso português, dada a nova conjuntura política no país (favorável à informação, à interpretação como a tomada de posição), o número de publicações destinadas aos emigrantes aumentou consideravelmente.
Depois de uma fase caótica, anarquista, operou-se um estruturação das chamadas “rádios livres” surgidas então, estruturação que deu lugar ao aparecimento de muitas emissões em línguas estrangeiras, assumidas por gente proveniente de diversas origens estrangeiras.
Paralelamente, as antigas rádios e televisões institucionais passaram também a propor emissões em línguas da emigração : caso da belga pública RTB ou da luxo-francesa privada RTL, por exemplo.
Já nos anos 1980, com os satélites geoestacionários, as redes de cabo e as antenas parabólicas, os emigrantes passam a ter cada vez mais acesso a televisões dos países de origem. E cada vez mais os lares, sobretudo naqueles em que os casais têm a mesma origem nacional, passam a ter permanentemente ligadas estações de televisão do país de origem.
Acessoriamente, estas novas tecnologias também permitem o acesso à rádio dos países de origem. Mas isso é mais raro. Até porque o média dominante dos anos 1970-90 é a televisão, em termos de audiência como de tempo que lhe é consagrado pelas pessoas. E até porque anunciantes e publicitários estão antes do mais interessados no média televisão e no impacto persuasivo da imagem animada.
Uma nova revolução que vai mudar tudo
Uma nova revolução ir-se-á operar na segunda metade dos anos 1990 com o aparecimento e rapidíssima expansão na internet que passou a estar acessível ao público em geral.
Ora, progressivamente, a internet vai permitir ter acesso aos jornais, às rádios e às televisões não só nacionais (como era o caso já antes), mas também aos média regionais e locais (o que era impensável antes no que dizia respeito às rádios e às televisões). O que faz que os média tradicionais perderam vendas, assinaturas e audiências, devendo partilhar estas doravante com muito mais atores nos sectores média.
Mas a internet vai também permitir o aparecimento de um tipo de correio novo : o correio eletrónico (os chamados “mails”), gratuito e instantâneo, estejam onde estiverem no mundo o expedidor como o receptor. Enquanto correio postal foi perdendo terreno.
Mais : a internet vai permitir o lançamento a custos relativamente reduzidos de jornais escritos, sonoros e audiovisuais digitais, autorizando portanto uma multiplicação dos média que têm os próprios meios emigrantes (imigrantes) como origem.
Mais ainda : o aparecimento de toda uma série de aplicações (Skype, Facebook, FaceTime, WhatsApp,…) vai dar uma dimensão mundial às comunicações em tempo real, fazendo perder terreno ao velho telefone e sobretudo ao velho telefone fixo. Doravante é possível não só falar como ver o(s) nosso(s) interlocutor(es) com custos praticamente iguais a zero (se excluirmos o custo dos equipamentos : computadores, tabletes, telemóveis, acesso a redes de telecomunicações, energia elétrica,…).
Esta evolução tecnológica no sector dos média processou-se a uma velocidade vertiginosa e sem igual na história da informação e da comunicação. E, manifestamente, esta evolução seduziu a grande maioria dos cidadãos no nosso mundo ocidental industrializado.
Consequências inesperadas e contraditórias
No entanto, em termos de populações emigrantes (imigrantes) esta evolução tem consequências surpreendentes, inesperadas e de certo modo contraditórias.
Nos anos 1960-70, a ausência quase total de média do país origem dos emigrantes, assim como a grande lentidão e os custos elevados das comunicações, faziam que a inserção na sociedade de acolhimento era o caminho mais curto, mais fácil, de modo a procurar sobreviver social e afetivamente. Aquele para o qual o e-imigrante era naturalmente convidado. Tanto mais, quando os filhos iam nascendo e integrando muito naturalmente graças à creche, à escola e ao conhecimento da língua do país de acolhimento como primeira língua de instrução e de relacionamento social. Até porque as escolas do país de origem (no caso de Portugal) eram raras ou inexistentes. Pelo que os média eram então um fator de integração social.
A partir dos anos 1980 e sobretudo nos anos 1990-2000 assistimos ao aparecimento de uma espécie de vivência à distância no país de origem. “País de origem” que começava de facto a ser cada vez mais o dos pais e até mesmo dos avós, e não propriamente os dos filhos ou dos netos destes.
Nos lares de emigrantes, passa-se a consultar os jornais portugueses (publicados em Portugal ou no país de acolhimento), a ouvir em permanência rádios portuguesas (também aqui baseada em Portugal ou no país de acolhimento) e a ver televisões portuguesas (quase sempre baseadas em Portugal). Mas passa-se também a recorrer diariamente a todas essas novas aplicações que lhes permitem falar e ver-se com quem ficou em Portugal e com gente de outros núcleos de portugueses espalhados pelo país de acolhimento e até mesmo pelo mundo fora.
A alternativa : iver-juntos ou viver-à-parte
Assiste-se assim a um fenómeno de desinserção da sociedade de acolhimento ou até mesmo, no caso dos filhos e dos netos, da sociedade onde nasceram e sempre viveram. E, paralelamente, assistimos ao aparecimento de uma noção de comunidade cada vez mais forte e mesmo, claramente, a um comunitarismo que leva a viver em circuito fechado, em “vase clos”.
Um comunitarismo que transplanta para o país de acolhimento — de maneira ainda mais evidente que antes — tradições, comportamentos e temáticas próprias ao país de origem. Um comunitarismo que tem criado problemas cada vez mais inquietantes no seio da União Europeia, numa sociedade onde o viver-juntos (o “vivre-ensemble”) deixou cada vez mais de ser uma realidade palpável, uma necessidade concreta para que a sociedade democrática possa sobreviver e ser cada vez mais forte e coesa.
A revolução dos média (no sentido mais largo da palavra) provoca assim o aparecimento de uma cartografia composta por ilhéus comunitaristas disseminados através de um território outrora chamado nação, onde identidades socioculturais fortes e diversas impedem agora a concretização de uma mestiçagem indispensável à integração e à coesão social. Integração que, de qualquer modo, não poderá significar homogeneização ou aniquilamento das genealogias dos indivíduos.
A questão que se põe pois hoje em dia em matéria de e-imigração e média é a de um viver-juntos na sociedade de acolhimento ou a de um viver-à-parte, numa forte identidade nacional de origem desinserida da sociedade de acolhimento em redor e, hélas !, marginal em relação a esta mesma sociedade…

Texto que serviu de base à comunicação no colóquio Labirintos da Memória II, Fundão, 29 de julho de 2017.

quarta-feira, 5 de julho de 2017

Coincidências e interrogações

J.-M. Nobre-Correia
Política : Afinal o governo e a maioria parlamentar não tiveram a esperada curta vida. E “o diabo” anunciado também não veio. Terá então a direita sido levada a conceber uma nova estratégia ofensiva ?…

A leitura de Quando Portugal ardeu [1] tem algo de chocante, de profundamente chocante. Sobretudo para quem, nesse “pós-25 de Abril”, vivia longe do país, na “capital da Europa”. Até porque, nesse tempo, poucos jornais portugueses lá chegavam e chegavam tarde. Porque a rádio dificilmente se captava e só se conseguia fazê-lo em onda curta, em más condições. Televisão, nem pensar nisso. E muito menos internet, que nem sequer existia para o comum dos mortais.
É claro que pelos média estrangeiros de referência, sabia-se que o “pós-25 de Abril” não era precisamente um mar de rosas. E que, sob as aparências de uma “revolução alegre e tranquila”, muita violência dominava a vida quotidiana. Mas de lá a imaginar que a violência política atingia tais níveis com incêndios, atentados e assassinatos que raramente tiveram que afrontar o braço da justiça do novo Estado democrático…
Publicado em março, as “histórias e segredos da violência política no pós-25 de Abril” descritas em Quando Portugal ardeu vêm forçosamente ao espírito nestes últimos dias. Com o trágico incêndio de Pedrógão Grande : saberemos talvez um dia se se tratou de fogo declarado por causas meteorológicas raras, se fruto de incúria humana ou de vontade deliberada, grandemente incrementado por outras causas meteorológicas ainda mais raras.
Que tão trágico acontecimento venha a servir rapidamente de arma de arremesso da direita não é propriamente surpreendente. Que poucos dias depois tenha havido um enorme roubo de armas numa instalação militar, isso já constitui uma coincidência altamente preocupante. E que, no caso do incêndio como no do roubo de armas, tenham sido jornais espanhóis a servir de agentes de destabilização do atual poder político português é de natureza a suscitar inquietantes interrogações.
Até porque, El Mundo (que não existia ainda por alturas do “pós-25 de Abril”) sempre foi um diário marcadamente de direita. Mas um diário de uma direita ativista, intervencionista, que procura pesar na vida política não só dos governos espanhóis, mas até e muito particularmente na vida política da direita e dos governos de direita. Um ativismo tal que leva o seu proprietário (o grupo italiano RCS, representante dos meios industriais e financeiros de Milão) a decidir destituir o fundador e primeiro diretor, Pedro J. Ramirez, em fevereiro de 2014. O mesmo que virá a ser fundador e diretor do diário digital El Español, lançado em outubro de 2015.
Que tenha sido El Mundo, que deixou de ter correspondente em Portugal, a publicar textos de um ilustre desconhecido (“sob pseudónimo”) num tom altamente agressivo em relação ao governo de António Costa é no mínimo intrigante. E que seja depois El Español a publicar uma lista detalha dos armamentos roubados é ainda mais intrigante.
Sabemos que em conversa dominada pela arrogância ou por um pretenso humor, segundo os meios socioculturais, Portugal é para boa parte dos espanhóis uma “anomalia” na mítica “unidade ibérica”. Como sabemos que a extrema direita nunca foi afastada do poder em Espanha e que a direita ficou, ela, largamente marcada pelo franquismo. Como sabemos ainda o papel que tiveram os meios dirigentes espanhóis no acolhimento de todos aqueles que na extrema direita salazarista como na direita radical conservadora semearam o terror em Portugal nos anos 1974-76 e planearam golpes de Estado e sonharam até com guerras civis.
Logo de início, a direita portuguesa estimou que o governo do PS e a maioria parlamentar de esquerda não teriam muito tempo de vida. Os meses passando, achou que “o diabo” chegaria na “rentrée” de setembro do ano passado. Nada porém ocorreu como esperava e os resultados positivos da governação foram-se acumulando. Que em vésperas de nova “rentrée”, a direita mais radical e mais antidemocrática tenha concebido novos tipos de ação, é hipótese que não pode deixar de ser encarada. Tanto mais quando é certo que, em poucos dias, toda uma série de meios socioprofissionais (justiça, enfermeiros, militares,…) começaram a dar sinais alarmantes de que, para eles, a atual governação, e porventura até o atual estado da democracia social, já durou demasiado tempo…


[1] Miguel Carvalho, Quando Portugal ardeu, Alfragide, Oficina do livro, 2017, 556 p.



Texto publicado no blogue A Vaca Voadora, 4 de julho de 2017.